Skip to content

Van Gogh vu du ciel

08/11/2012

Vincent Van Gogh – la nuit étoilée (1889)

Carte des courants marins (Nasa)

Critiques, femmes, fantômes : parallèles hallucinés

27/04/2012

Image

Un homme assoupi sous un arbre est gagné par une longue hallucination… les personnages du présent croisent les fantômes du passé, morts et vivants dialoguent entre eux,
le rêve et la réalité se confondent dans une errance à travers Lisbonne qui s’achève sur un dialogue avec Fernando Pessoa.

— Vous aviez un rapport extrêmement fort avec votre mère. Certains de vos critiques vont jusqu’à suggérer
une espèce de complexe d’Œdipe (…) 

— Je me suis arrangé pour qu’on m’attribue une enfance mystérieuse en l’excluant de mes écrits, mais tout ça c’est de la blague, croyez-moi, c’est pour donner du fil à retordre aux critiques, je trouve les critiques tellement indiscrets,
si  bien que je les ai ridiculisés par avance.
(…)
J’écrivais des poèmes et des lettres à ma fiancée (…) 
elle a été petit train mécanique de mon cœur (…) regardez la lune, dit mon Invité, c’est la même lune que je contemplais quand nous allions nous promener au “Poço” di Bispo », c’est curieux, n’est-ce pas ?

Antonio Tabucchi – Requiem (1993)

Kastro, dessinateur de bande dessinée, part à la recherche de son personnage fictif disparu, Zino… jusqu’à échanger les rôles ? 

Kastro écrasa une larme sans tristesse pour amadouer les scribouillards en mal d’interviews.

— Hommages posthumes, foutaises ! Je les connais vos statues ; braguette remontée, saillies rabotées… escrocs, menteurs, castrateurs, maniaques, faux-derches  !
(…)
Dehors, l’air tiède avait le parfum des fruits rouges, notes boisées, mousses fleuries, sublime bouquet qui lui rappela le Volnay de Socrate. (…) La nuit était belle, caressante, le clin d’œil des étoiles, totalement féminin. Pensaient-elles parfois à lui, les femmes de son passé ? Aimées ou aimantes, leurs noms s’effaçaient doucement de sa mémoire… traits vaporeux, silhouettes éthérées, résonances lointaines. Des souvenirs errants, sans attache, en quête de mémoire… des fantômes ?

Denis Petit – Looping (2005)

Mémoires d’outre-tombe…

05/02/2012

Nos derniers adieux

… mes regards affaiblis me permettaient à peine de distinguer les traits de mon malheureux frère ;
je croyais que ces ténèbres émanaient de moi, et c’étaient les ombres que l’Eternité répandait autour de lui : sans le savoir, nous nous voyions pour la dernière fois. Tous, tant que nous sommes, nous n’avons à nous que la minute présente ; celle qui la suit est à Dieu : il y a toujours deux chances pour ne pas retrouver l’ami que l’on quitte : notre mort ou la sienne. Combien d’hommes n’ont jamais remonté l’escalier qu’ils avaient descendu ? 

La mort nous touche plus avant qu’après le trépas d’un ami : c’est une partie de nous qui se détache, un monde de souvenirs d’enfance, d’intimités de famille, d’affections et d’intérêts communs qui se dissout. 

Livre dixième – chapitre 3
(p 622 de la présente édition)

Huit mois ont passé, glissé, filé depuis mon précédent papier,
des jours pendant lesquels la vie et les livres ont tourné leurs pages… pages écornées, entachées, recollées, raturées… pages feuilletées, annotées, effleurées, enluminées… pages manquantes aussi, dont l’emplacement dans les feuillets se devinera toujours aux déchirures de la reliure… toutes pages serrées, cousues en chapitres dans l’unique volume où continuera de se vivre, se lire – parfois s’écrire – jusqu’à leur point final respectif, la saga de chacun.

Au retour d’un deuil familial proche, j’ai relu ces lignes émouvantes de Chateaubriand qui ont ranimé en moi l’idée vivifiante et consolatrice que la littérature “s’encre” à jamais dans l’existence…

à suivre, donc… 

New York – New York

01/06/2011

Alfred Stieglitz - the city of ambition

Une légère sensation de vertige  vous saisit. Vous vous accrochez au parapet. Et alors vous sentez le pont de Brooklyn vibrer sous votre main. Vous refaites le même geste. Effectivement, il vibre de façon interrompue (…)
ce cordon qui relie qui relie deux immenses paquets de nerf, New York et Brooklyn, tremble sans relâche de chacune de ses molécules (…)
C’est ici que j’ai perçu pour la première fois le rythme de New-York. (…)
Toute la ville, l’île entière semble trembler sous l’effet de ce mouvement régulier, de cette légère vibration électrique qui accompagne toujours les décharges d’énergie. Cette vibration est partout présente. (…)
Tout tremble, du seuil jusqu’au faîte et, par une transmission mystérieuse, cette vibration se propage au système nerveux, aux plus fines ramifications du cerveau…

Stefan Zweig – Le rythme de New York (1912) – (extraits tirés de : Pays, villes, paysages)


Pris de vertige, je m’étais appuyé au mur de soutènement et c’est là que le monstrueux vibrato de la ville m’avait envahi. Un grondements de bulldozers, de pelleteuses, de machines excavatrice, de trottoirs martelés et de sols concassés s’était mis à bourdonner en moi, un fantastique courant tellurique qui m’avait réduit en électron “made in USA”, en atome gravitant jour et nuit autour du noyau urbain, condamné à atteindre sa masse critique pour fournir l’énergie à cette ville qui ne dormait jamais. (…) Plus tard, dans la soirée, cherchant le sommeil dans ma chambre du YMCA, l’écran ébréché de ma fenêtre projetant les mythes de celluloïd et de chair, j’avais pris conscience du punch de New-York, cette énergie si souvent décrite qui dynamisait le système et pouvait à tout instant l’atomiser. 

Marché aux puces à New-York

Twice upon a time –
(extrait de Lignes de fuite – recueil de nouvelles en cours)

Ecrite en 2009, reprise en 2011 pour son passage en comité de lecture, cette nouvelle “Twice upon a time” serait restée dans ses limbes éditoriales si, la semaine dernière, le hasard de la lecture d’un récit de voyages écrit par Stefan Szweig en 1912 ne l’en avait temporairement sortie.
Le voisinage de ces textes pourrait paraître prétentieux si l’on occulte l’unique raison qui m’a fait oser les réunir : deux témoignages sur New-York, séparés par quatre-vingt dix-huit années pendant lesquelles la ville n’a cessé de gagner en hauteur, largeur, profondeur, de se multiplier à l’infini pour inspirer, à un siècle de distance,  le même vertige relié par le fil ténu de l’écriture…

Le bon sens du vin… quinze ans avant Mondovino

02/08/2010

Pour gens de bonne compagnie

Un bon américain est un américain… amoureux du vin.
Kermit Lynch est un grand américain.

… aujourd’hui, tout le monde veut des vins qui soient “optiquement vides”, dans le temps, on ne faisait pas attention à la limpidité…  les vins corsés sont faciles à trouver, il y en a partout. Mais un vin joliement bouqueté, ça c’est difficile à trouver. Si seulement les gens voulaient bien se servir de leur nez, apprendre à nouveau à sentir…
Jules Chaudet, producteur de beaujolais :  p 271

dont K. Lynch écrit à son propos :
Son beaujolais avait une couleur pâle, avec un joli bouquet tout à fait charmant. On y trouvait des notes florales et fruitées avec des nuances de pêche et d’abricot. Il était tout en délicatesse du début à la fin, mais également vivace, et sa présence en bouche était fuyante : avant toutil parfumait le palais. Mr Chauvet à précisé :
il fait 11 degrés. Ni chaptalisation ni souffre. Vous pouvez le boire sans être pris de vertige.
p 270

… se tournant vers ce que son distributeur anglais a appelé “cette sinistre mer de champignons”…  Chave a pris une bouteille et a enlevé une épaisse houppe de moisissure attachée au goulot… il n’y avait pas d’étiquette de millésime parce qu’aucune étiquette ne supporte cette humidité… le nez était fondu, gras, miellé, vivace, merveilleux. Quelque chose en lui me rappelait les grands bouquets seigneuriaux d’un vieil Yquem, mais l’Hermitage me semblait plus impressionnant encore du fait qu’il était sec. Il était éblouissant, sans la flatterie liquoreuse apportée par la pourriture noble…
p 252

en 1868, après plus de vingt siècles de viticulture, quelqu’un a remarqué que la serine de Côte-Rôtie et la sirrah de l’Hermitage était le même cépage… pour expliquer la différence entre les deux, il faudrait piocher dans mes notes d’un cours de littérature… la distinction faite par Nietszche entre les qualités respectives relevant d’Apollon et de Dionysos : L’apollonien est maître de lui avec une beauté plus formelle, mieux architecturée, comme pour le vin de l’Hemritage. Le dionysiaque a une force plus sauvage, plus instinctive, plus spontanée, avec une beauté passionnelle plutôt que cérébrale… en fait si le côte-rôtie avait moins de majesté, ses arômes pourraient paraître moins ostentatoires. Seule la royauté peut se permettre le port de plumes d’autruche, de robes de cérémonies en renard blanc et de joyaux étincelants en toute impunité…
p 256

et pour conclure
… si votre stylo est sec, remplissez-le de Cornas… Chiche !
p : 226

Kermit Lynch (Mes aventures sur les routes du vin – 1998)
(Editions Payot & Rivages)

circule, virgule

22/06/2010

la journée virgule

D’où  l’importance d’être constant ?

Robert Sherard, compagnon d’aventure d’Oscar Wilde rapporte :
L’un de ses jeux d’esprit favori consistait à raconter
comment il pouvait passer une matinée à se décider sur  la place d’une virgule
et l’après-midi à se résoudre à l’enlever…
Gyles Brandreth
“ Meurtre aux chandelles ” (Editions 10/18 – 2010)

J’ai beaucoup travaillé à mon manuscrit aujourd’hui,
j’ai commencé par supprimer 12 lignes ce matin,
écrit ensuite très longuement pour finalement tout supprimer
et remettre en fin d’après-midi les 12 lignes du matin… »
Oscar Wilde
(Lettres)

Seuls les grands écrivains construisent une œuvre où tout est indispensable, nécessaire, jusqu’à la plus petite virgule…
… je crois que le secret d’un livre peut-être caché dans telle ou telle virgule.

J’aime répéter qu’un écrivain n’a pas besoin d’aller dans le désert pour voir ce qu’est le désert. Un grand écrivain, et surtout un grand romancier, n’a pas besoin de l’expérience. Il porte toute la réalité et toute l’expérience dans son esprit, sans voir, percevoir, ni savoir, ni connaître ce qu’il va raconter…
Pietro Citati, (Le magazine littéraire, décembre 2009)

le Brennus en Arverne, Clermont enfin, Blondin toujours

30/05/2010

Vercingétorix l'a rêvé, Clermont l'a fait

Monsieur Jadis ou l'école du soir

une quarantaine d’individus hilares et rougeauds se reconnurent à leurs bérets en auvent et à leurs gourdes en bandoulière.

Ils arboraient une joie de conscrits qui s’épanouissait dans des flots de rubans tricolores.

Certains étaient accompagnés d’un jambon, d’autres d’une épouse cocardière. Ils n’arrêtaient de rouler les “ r ” que pour dire putain ou couillon…
Antoine Blondin
(Monsieur Jadis ou l’école du soir – extrait : 1970)

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.